La philosophie peut-elle consoler ?

la philosophie pour consoler

La philosophie peut-elle consoler ?

« En ces temps de violences exceptionnelles qui nous ont tous abasourdis, on pourrait se dire que la philosophie est bien inutile, bien impuissante à nous sortir de notre sidération face à l’horreur qui frappe à nos portes. On ira plus facilement rechercher du réconfort auprès de psychologues ou en partageant nos sentiments avec nos amis, qui auront pour nous une oreille bienveillante et rassurante.

La philosophie fait appel à l’âpre raison, valorise l’argument sur le sentiment et invite à prendre de la distance face à soi-même et à l’évènement. Elle est un effort sur soi : lutter contre les habitudes mentales qui finissent par rigidifier nos comportements et obturer notre pensée, contre nos affects qui nous emportent vers la violence, le repli sur soi ou la plainte complaisante, contre la fuite en avant qui consisterait à nous jeter dans le travail ou le divertissement pour « passer à autre chose ».

Or, philosopher ce n’est ni fuir, ni céder à ses impulsions, mais regarder les choses en face et mettre en marche la pensée, réfléchir, trouver du sens là où il parait avoir déserté le monde. En des temps de deuil cela parait un effort surhumain car la tristesse nous écrase, la colère nous pousse à nous révolter et la peur à nous enfermer ou nous armer.

« Penser, c’est aussi progresser »

Philosopher, c’est donc d’abord rentrer en résistance contre soi-même, car on pense toujours contre soi. Penser, en effet, c’est trouver de l’altérité, des problèmes, des questions. Quand nous n’avons pas les ressources pour le faire seul, il est préférable d’avoir recours à autrui, quelqu’un qui saura vous faire réfléchir sans complaisance et ne vous laissera pas dans votre plainte.

C’est ce qui se passe lors d’une consultation philosophique. Le praticien oblige le sujet à rester sur le fil de la raison en utilisant ses outils favoris : la question et la réfutation afin de travailler le discours de l’intérieur et par conséquent faire progresser le sujet dans sa réflexion. Car penser, c’est aussi progresser, avancer, s’entraîner, développer des compétences et donc aller vers plus de complétude.

La pensée est fragile, plus fragile que la vie, et risque à chaque instant de retomber dans la mélancolie, le regret, le ressassement, ou la fébrilité du sentiment d’urgence. Penser n’apporte aucune consolation face aux aléas de la vie, aux souffrances, à la maladie, à la violence aveugle et ses conséquences. Dans les moments de grande détresse, on conseillerait même de ne pas penser afin d’éviter que notre pensée se fixe sur une idée obsessionnelle et dangereuse : se venger, récupérer un amour perdu, se culpabiliser…  Pascal nous mettait déjà en garde contre la fragilité de la pensée en mettant en scène un homme suspendu au-dessus d’un précipice qui serait bien incapable de penser à autre chose qu’à l’effroi de tomber.

« Philosopher, c’est apprendre à mourir »

Pourtant, nous pouvons nous entraîner à sortir de notre marasme en prenant l’occasion de nos malheurs pour les universaliser à des problèmes humains : « Pourquoi la mort d’un proche nous touche plus que celle d’un enfant lointain ?  », « Peut-on vivre sans amour ? », « Sommes-nous toujours seuls face à la mort ? », « Avons-nous tous un destin ? », « Quelles sont les vertus du désespoir ? ».

Ce sont des questions qui nous invitent à réfléchir sur nous-mêmes à l’occasion des drames de la vie auxquels nous sommes, ou serons, un jour confrontés. Un stoïcien nous dirait à ce propos qu’il ne tient qu’à nous de ne pas en faire un « drame ». Or comme le disait Montaigne, « philosopher, c’est apprendre à mourir » afin que la mort ne nous surprenne jamais et que nous l’accueillions même avec soulagement.  En effet, Schopenhauer nous dit que « face à tous les malheurs de l’existence, on ne peut être que reconnaissants quand la mort nous replonge dans le même état où nous étions avant la naissance : celui d’une Volonté sans individuation, d’un principe vital sans vouloir-vivre. »

Mais, entre temps, examinons-nous, mettons-nous à l’épreuve car comme le disait Socrate, « une vie sans examen de soi ne vaut pas la peine d’être vécue ». Et pour s’examiner, rien de mieux que la pensée n’a été inventée.

Cet article n’est pas de moi mais de Jérôme Lecoq , diplômé d’une école de commerce, d’un DESS d’affaires internationales et Doctorant en philosophie (thèse sur la pratique philosophique). Passionné de philosophie et notamment des problèmes liés à la pensée, il s’est formé à la pratique philosophique qu’il a eu l’idée d’appliquer dans le monde de l’entreprise pour améliorer l’efficience des équipes et développer les compétences des salariés.

Jérôme Lecoq est l’auteur de l’ouvrage « La pratique philosophique : le livre » paru chez Eyrolles en novembre 2014 et il dispose aussi d’un site : www.dialogon.fr …

Philosopher donc, mes chers lycéens en terminale .

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